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Fils de notables tutsis, mon père était inspecteur
des impôts, j'eus la chance d'être emmené par mon
frère aîné qui travaillait alors pour l'ambassade
des Etats-Unis à Kigali et devait lui-même fuir
afin de protéger les siens. Ainsi, j'ai échappé
à une mort certaine.
Commence alors pour moi une vie d'exil, d'abord
dans l'Ouganda d'Amin Dada où je fis
mes études secondaires et m'enflamme pour la littérature,
avec une prédilection pour des auteurs anglo-saxons
comme Conrad, Stevenson, Kipling, Hemingway, puis
au Kenya où déjà me taraude l'idée d'écrire.
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La famille Sehene au complet avant
l’exil et moi encore protégé, sur les genoux
de ma mère…sous l’œil d’aîné de mon
frère Joseph. |
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Dans l’Ouganda d’Idi Amin des
années 70, Joseph et moi
hésitons entre Blacks Panthers
et Jakson Five.. |
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Un
producteur de cinéma rencontré à Nairobi, Bernard
Artigues, qui travaille avec Christian Fechner,
m'invite à séjourner quelque temps à Paris pour
compléter ma formation intellectuelle.
A la Sorbonne, j'étudie le français
et sillonne l'Europe à la rencontre de cette vie
occidentale nouvelle pour moi, ces climats différents
qui m'étonnent, ces mœurs étrangères qui forment
désormais mon quotidien. Je tombe amoureux de Londres
dont je rêve encore parfois de faire mon port d'attache.
Pendant ce temps, au Rwanda, les événements se précipitent,
les Tutsis sont persécutés toujours plus cruellement
et massacrés à de multiples reprises : et les échos
m'en parviennent par la diaspora avec laquelle je
suis resté en contact.
Assommé par l'annonce du génocide déclenché par
le gouvernement hutu après l'assassinat du président
Habyarimana le 6 avril 1994, je décide de retourner
pour la première fois au Rwanda pour témoigner et
enfin connaître mon sol natal où je ne pouvais jusque-là,
du fait de ma seule appartenance ethnique, revenir
sans crainte.
Le premier contact avec un pays dévasté et une population
déchirée par une haine fratricide est rude.
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Pourtant, je retrouve aussi
des sensations d'enfance enfouies dans ma
mémoire ainsi que ma langue maternelle, le
kinyarwanda. Je constate "qu'être rwandais
est une occupation à plein temps" et me sens
véritablement tutsi pour la première fois
dans ce pays désormais submergé par l'ethnisme.
Lors de mon retour à Paris, quatre années
me seront nécessaires pour parvenir à développer
mes impressions sur le papier : ainsi naît
"le Piège ethnique", un essai. |
Plus que jamais concerné par l'avenir du Rwanda
et la région des Grands Lacs, partisan enthousiaste
de la Renaissance africaine que je crois possible
en observant l'exemple de l'Afrique du Sud je prépare
un documentaire retraçant l'éparpillement des membres
de ma famille entre Toronto, Buenos-Aires, Paris
et Kigali. Pour fil conducteur : une quête identitaire
qui passe par l'observation de mes proches, modernes
nomades qui tous portent en eux le génocide rwandais
et ses prémices.
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PHOTOS DE FAMILLE
Au Canada dans les années 80, troisième
pays après l'Ouganda et le Kenya où
Gus nous emmena, toujours en quête d'une
installation définitive.
A l'époque, le Rwanda nous était interdit
à nous, Tutsis.
Y retourner semblait un rêve irréalisable… |
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Gus Mutabaruka, mon frère aîné, qui nous
a sauvé, Joseph et moi, d'une mort probable,
en 1963. Après toute sa vie adulte passée
en exil, il est retourné vivre à Kigali auprès
de ses enfants. |
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Jo et moi (chemise bleue et chemise rouge),
à Nairobi dans les années 80, avec les enfants
de Gus, aujourd'hui tous devenus habitants
de Kigali : Suzanne, Charles et Peggy. |
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Le retour à la normale : tous réunis
à Kigali en 2000,
lors de ma visite dans le cadre de "Fest'Africa".
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EN
AFRIQUE DU SUD
Photo 1 : La cour de Robben Island
où Nelson Mandela et ses camarades
cassaient des cailloux à n'en
plus finir.
Photo 2: Une des minuscules cellules
de Robben Island, celle de Walter Sisulu,
peut-être ? |
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Photo 3 :
Les vignes sud-africaines qui parfois, peuvent
rivaliser avec celles d'Europe.
Photo 4 :
Stellenbosch, une ambiance très "vieux
sud", mais cette fois, "l'oncle
Tom" est à l'intérieur
de la propriété.
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Avec "Le feu sous la soutane",
récit introspectif d'un prêtre hutu pendant
le génocide, j'ai tenté, à travers le roman,
d'aborder les thèmes du mal et de l'ambivalence
humaine. Il constitue le "premier tome" d'une
trilogie. Je me suis aussi essayé à l'écriture
théâtrale dans "Un sentiment d'Insécurité",
une pièce traitant du couple mixte dans la
société française en pleine crise identitaire.
Enfin, je projette, inspiré par le quartier
bariolé de La Chapelle où je me suis installé,
un roman autour de l'immigration et le sort
des "jeunes des 2ème, 3ème générations". |
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