AACTU DE MAI 2006  

Mon passage à Brest...
Quelques articles parus dans Ouest France et Le Télégramme suite aux rencontres "Ecrivains du monde" 2006.

Ouest France - Article n°1
Ouest France - Article n°2
Le Télégramme

 
   
AACTU DE MAI 2006  

Rendez-vous pour une rencontre-dédicace !

Je serai le samedi 20 mai à la libraire Le Rideau Rouge
pour dédicacer le recueil de nouvelles collectif
"Dernières nouvelles du colonialisme"
auquel j'ai participé,
édité chez Vents d'ailleurs.

Coordonnées et détails à retrouver sur l'affiche.
Vents d'ailleurs : http://www.ventsdailleurs.com

 
   
AACTU DE FEVRIER 2006  

Rencontres "Ecrivains du monde" 2006
Venez nombreux à Pontazen, les vendredi 24 mars et samedi 25 mars,
pour assister à ces rencontres, dont le thème cette année sera :
"La francophonie : un espace d'ouverture sur le monde" - Carte blanche à Benjamin SEHENE.

En savoir plus

 
   

 

  "Quand je commence à chercher le moment crucial qui m'a conduit dans cette cellule, je sombre dans les dédales du doute. Qu'aurais-je pu faire - qu'aurais-je dû faire ? - après la mort du président et la reprise de la guerre civile ? Rapidement, j'ai vu mon église se remplir de réfugiés. En deux semaines, ils étaient plus de mille. Puis du jour au lendemain, deux mille. Fallait-il les renvoyer ? difficile, au moment où les canons tonnaient dans toute la ville et que les miliciens tuaient à tour de bras tout ce qui ressemblait à un Tutsi. Dans la vie, on pense que toute décision, tout acte finit par retomber dans l'oubli mais il n'en est rien. Ce qu'on fait un jour, on le porte dans son cœur à jamais. A présent, je me repends de tous ces mensonges que je me suis faits… et auxquels j'ai cru ou voulu croire. Le moment où Damascène m'a tendu la machette, surtout : je l'ai prise de mon plein gré. J'étais armé et j'aurais pu me servir de mon pistolet. Pourtant, j'ai tendu la main. Mais c'est le souvenir de cette matinée où j'avais invité Speciose qui me revient maintenant à l'esprit. Je la vois encore en face de moi. Je ne suis toujours pas certain qu'elle était vraiment consentante..."


"Affalé par terre, j'entends ces hommes poursuivre leur tâche : ils arrachent des brancards les hommes aux traits fins ou d'une grande taille - tous ceux qui ressemblent à des Tutsi- et les tailladent de leurs machettes. Je suis trop sonné pour pouvoir réagir, mais cela servirait-il à quelque chose ? Dans le brouillard de mon étourdissement, les hurlements des victimes me parviennent encore et aussi le bruit sec des os qui craquent sous chaque coup."

"Les jours suivants, je recueille encore trois autres filles. Me voici doté d'un véritable harem. Pour mon plus grand plaisir, elles partagent mon lit tous les soirs. Je dis toujours mon Notre-Père avant de rentrer dans ma chambre car je ne souhaite pas mêler Dieu à mes turpitudes sexuelles. Mais quelles nuits voluptueuses ! Jamais je ne me suis senti aussi comblé physiquement et c'est merveilleux d'être aussi loin de l'église et son atmosphère de terreur. Chaque fille à sa particularité et m'inspire une joie distincte."


"Un soleil radieux éblouit le quai de la gare de Montélimar quand le train s'arrête. Deux gendarmes s'approchent de moi lors de ma descente. La visière du képi du premier projette une ombre sur son visage émacié comme un auvent au-dessus d'une entrée d'immeuble. Son collègue, plus corpulent, transpire d'abondance. "Etes-vous le père Stanislas ? me demande le maigre. - Oui. En quoi puis-je vous être utile ? Je garde un ton calme mais n'en mène pas large . Je redoute ce moment depuis longtemps, depuis qu'un journal belge m'a accusé dans ses colonnes d'avoir participé au génocide. "Veuillez nous suivre, mon Père, s'il vous plaît."



"Le feu sous la soutane"
Benjamin Sehene, L'Esprit frappeur, 2005
 
       
   
       
 

"Le 6 avril 1994, vers dix heures et demie du soir, j'allais me coucher lorsque je reçu un coup de fil de mon frère Joseph de Toronto. " Le président Habyarimana vient de mourir dans un accident d'avion me dit-il. " Et de ce moment-là, le Rwanda, jusqu'ici tapi au fond de mes souvenirs d'enfance, resurgit brusquement : ma vie ne sera plus jamais la même, jamais. Après les événements sanglants qui suivirent la mort du président, je me désintéressais de tout. Mes journées ne consistaient plus qu'à guetter les bulletins d'information à la radio toutes les heures. Je ne supportais plus les papotages des soirées parisiennes. Je me sentais inutile, impuissant. Je croyais voir, dans les épouvantables photos de presse, les corps mutilés de parents que je n'ai jamais connus : les tantes, les oncles et cousins restés là-bas. Les images télévisées ne servaient qu'à perturber plus encore mon sommeil agité, à tel point que je passais mes journées dans une sorte de transe. Les tentatives de créations romanesques qui jusqu'ici constituaient mon quotidien, m'apparurent dès lors dérisoires, ridicules. Mes prétentions littéraires étaient désormais fixées. Le Rwanda deviendrait l'unique thème de mes écrits."

"Nous entrâmes dans le jardin d'une villa en briques, réquisitionnée par la guérilla. Il était midi. Rassemblés dans un salon dégarni autour de l'inévitable transistor, tous les pensionnaires de la maison écoutaient le célèbre indicatif musical de la BBC World Service. La nouvelle fut annoncée : Kigali était tombée ! Une atmosphère de jubilation s'empara de toute la maison puis se succédèrent une série d'embrassades. A l'extérieur, des gens poussaient des cris de joie. Assiégées pendant plus de deux mois par le FPR, les Forces armées rwandaises (FAR) et les milices hutues avaient finalement fui Kigali, se repliant vers Gisenyi, à la frontière zaïroise et entraînant à leur suite la majorité de la population hutue."


"A présent, les murs de la chapelle étaient éclaboussés jusqu'au plafond de sang bruni ainsi que de morceaux flétris de chair humaine. L'hémoglobine se concentrait en flaques plus épaisses autour de l'autel, comme si, lors de leur tentative de fuite, les victimes s'étaient blotties derrière. Sur les bancs et les murs barbouillés d'un sang roux et épais, se dessinaient des empreintes de main qui semblaient avoir griffé le vide dans une dernière tentative pour s'accrocher à la vie. Le sol était jonché de vêtements tachés de sang raidi par le temps et de chaussures dépareillées. Près de l'endroit où je me trouvais, gisait une statuette de la Vierge ensanglantée et décapitée. Quelqu'un lui avait intentionnellement tranché la tête, laissant des empreintes rouges sur son cou. Je ne suis pas du tout croyant, mais dans la petite chapelle lugubre, cette profanation me parut si inutile, si révoltante. Un acte de haine pour la haine. Cette statuette était le symbole même de la haine sanguinaire dans laquelle le Rwanda a sombré pendant trois mois. Il m'était difficile de concevoir qu'on ait pu trouver le temps et la colère suffisante pour s'en prendre à un objet après avoir abattu tant d'êtres humains. On aurait cru à un photo-montage destiné à être publié dans un quotidien occidental."

"Une jolie fille d'une vingtaine d'années désirait que nous l'emmenions à Kampala. Les quarante-deux membres de sa famille avaient été massacrés et elle voulait simplement quitter le Rwanda. Je lui demandais qui elle connaissait à Kampala. " Personne, mais je trouverai du travail, n'importe lequel, je deviendrai ta bonne." - Mais moi, je ne vis pas à Kampala, je ne pourrai jamais t'emmener à Paris. - Je ne pourrai jamais vivre là où on été massacrés mes parents et de toute façon, notre maison a été complètement rasée, ajouta-t-elle d'un air désespéré. Maintenant, je ne suis pas seulement orpheline mais aussi sans abri. S'il te plaît, emmène-moi en France avec toi, je serai ta bonne". Les aisselles de sa chemisette étaient maculées de transpiration, cette situation me parut pathétique. Je lui donnais un peu d'argent, faute de pouvoir l'aider autrement mais je m'aperçus vite de mon erreur, car je fus immédiatement accosté par une deuxième femme portant un bébé dans le dos. Plus âgée que la première, elle aussi voulait qu'on l'emmène à Kampala sans y connaître qui que ce soit. Il n'était pas facile de refuser le voyage à cette victime endimanchée et prête à partir, sa valise en carton cabossée à la main. Elle me supplia, se mit à genoux devant moi sur le trottoir poussiéreux malgré sa belle robe. J'avais honte devant le rassemblement provoqué par le spectacle, je me sentais un monstre de refuser de l'aider. Je n'étais ni préparé ni capable de prendre quelqu'un à ma charge. Là aussi, je m'en sortis en lui donnant de l'argent. Tant de vies brisées se côtoyaient dans cette cour mais j'allais découvrir, dans une école située derrière l'église et transformée en hôpital de fortune, des situations encore plus terribles."


"Le piège ethnique"
Benjamin Sehene, Dagorno, 1999.

 
       
       
       

Interview télévisée
diffusée sur "SABC"

 

Benjamin Sehene
Afrique du Sud, 1999.

Visionner la vidéo en ligne

[Si vous n'en êtes pas équipés,
veuillez télécharger gratuitement
le lecteur Flash pour pouvoir lire
cette vidéo, en cliquant ci-dessous.]


 
       
Article paru dans
"Le Courrier
de l'UNESCO"
 

Rwanda :
l’amnésie d’un peuple

Benjamin Sehene,
écrivain rwandais,
auteur de "Le piège ethnique",
Ed. Dagorno, Paris, 1999.

La christianisation d’abord puis l’application aveugle de la loi du nombre avaient nié l’histoire de la nation. L’ethnie devint l’unique référent, diabolisant les Tutsis jusqu’au génocide…

Lire la suite

 
       
Article paru
dans "Le Monde
diplomatique "
mars 2000
  Le piège ethnique
Benjamin SEHENE, préface de Noël MAMERE

Lire la suite
 
       
Article paru
dans "J.A. L'intelligent"

n° 2059 - 06/2000
  La mémoire en partage

Lire la suite
 
       
Article paru
dans "L'autre AFRIQUE"
n° 102 - 11/1999
  Le Rwanda, toujours

Lire la suite
 
       
Article paru
dans "Le Monde"
juillet 1999
  Rwanda : une honnête vue de l'enfer

Lire la suite
 
       
Article paru dans
"Cité BLACK"
avril 2004
  Génocide rwandais : 10 ans déjà

Lire la suite
 
       
Article paru
dans "J.A. L'intelligent"

9 octobre 2005
 

Rwanda : un prêtre génocidaire

Lire la suite

 
       
Présélection
pour le prix
RFI-Témoin

21 novembre 2005
 

Prix RFI-Témoin du monde 2005-2006
"Le feu sous la soutane" a été retenu lors des présélections du 21 novembre par le comité de lecture.

Liste des oeuvres présélectionnées.

 
       
Article paru sur le
site "Grands Lacs"

29 janvier 2006
 
"Munyeshyaka, retour de flamme"
par Jean-Bernard Gervais.

Lire la suite