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Extrait du livre "le Pays aux milles collines, ma vie au Rwanda” par Rosamond Halsey Carr, Payot, 2002. “Je fus présentée au roi en 1956, lors de la projection à la cour des « Mines du roi Salomon”. Ce film de Compton Bennett interprété par Stewart Granger et Deborah Kerr avait été partiellement tourné au Ruanda. Il contient quelques scènes authentiques de danses africaines, y compris l’éblouissante danse intore (…) La projection des “Mines du roi Salomon” avait été organisée par le consulat américain de Léopoldville et se déroula dans la ville royale de Nyanza. De nombreux résidents européens y furent conviés. Le mwami et la reine, leurs courtisans ainsi que les nobles tutsis qui avaient joué dans le film étaient présents plus un grand nombre d’officiels belges, et jusqu’aux prêtres d’une mission proche. La nuit était douce et claire, un grand écran avait été dressé au milieu d’une large piste. D’un côté, on avait disposé des sièges pour les invités, de l’autre côté, une foule de Ruandais assis, le visage attentif, attendaient que le film commence. Le roi et sa suite firent une entrée solennelle. Il était difficile d’imaginer une silhouette plus majestueuse que celle de ce monarque géant dont la dynastie remontait à plus de quatre siècle. Rudahigwa et ses courtisans portaient la robe blanche traditionnelle avec une sorte de toge nouée sur l’épaule et qui volait au vent. La reine Rosalie Gicanda était drapée dans de vaporeux voiles roses pâles.
Un jeune américain ébouriffé apporta les bandes juste avant le coucher du soleil et commença à installer les projecteurs. Je regardai autour de moi pour voir si le consul ou quelque représentant officiel des Etats-Unis était présent, mais le seul Américain que je vis était le jeune projectionniste vêtu de son imperméable fripé. Il ne s’approcha jamais du roi et de la reine ni ne les salua d’aucune façon. Bien que l’étiquette royale interdit de laisser percer aucune émotion, le protocole diplomatique exigeait que les monarques fusent reconnus et salués. Ils durent, à juste, titre, se sentir offensés. La bande-son du film était en anglais, elle était donc incompréhensible pour les Ruandais. Des murmures de déception commencèrent à parcourir la foule jusqu’à ce que l’action se déroulât dans le paysage familier du Ruanda. A partir de ce moment, les spectateurs fabriquèrent eux-mêmes leur propre bande-son avec force applaudissements et dialogues improvisés. Ils criaient de joie chaque fois qu’ils se reconnaissaient ou qu’ils reconnaissaient un de leurs amis sur l’écran.” |