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Avertissement
:
ma bibliothèque est grande et
peut-être pas toujours très
bien classée (!)...
Je n’ai encore sorti
que quelques volumes des étagères,
la liste qui suit est donc loin
d’être exhaustive et je compte
la compléter au fil du temps,
de mes lectures et relectures.
Les commentaires sur chaque
ouvrage sont strictement personnels
et subjectifs, j’espère seulement
vous faire partager mes coups
de cœurs littéraires ou historiques.
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AJOUTS RECENTS (mise
à jour du 6 mars
2006) - A lire à
la fin des rubriques citées. |
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Rwanda
contemporain
- “SurVivantes”, par
Esther Mujawayo et Souâd
Belhaddad
Bibliothèque
en vrac
- “Inquiétude”, par
Joseph Conrad
- “Harraga”, par Boualem
Sansal, Gallimard
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“Aux
sources du Nil”,
Richard F. Burton et John
H. Speke, éditions Phébus,
1989. |
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On
songe tout de suite à un
scénario hollywoodien (un
film britannique, je crois,
a été réalisé dans les années
1970) ou une histoire à
la Jules Verne, en lisant
le récit de voyage de ces
deux officiers de l’armée
des Indes, chasseurs et
explorateurs et qui se disputèrent
au final la découverte des
origines du grand fleuve
dans cette partie de l’Afrique
jusque là inconnue. |
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“Un
diable d’homme, Sir Richard
Burton ou le démon de l’aventure”,
Faw Brodie, Phébus Libretto,
2001. |
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Bien qu’un peu indigeste
par son surcroît de détails
- comme nombre de biographies
anglo-saxonnes - le récit
très fouillé de la destinée
de ce singulier personnage,
polyglotte et peut-être
parfois mythomane, aventurier
sûrement, premier occidental
à atteindre la Mecque déguisé
en pèlerin, passionné par
les sexualité dont il explora
tous les sens (sa puritaine
épouse brûla tous ses textes
“inconvenants”) et la nature
humaine en général, mérite
le détour. |
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“Histoire
du Rwanda”,
Bernard Lugan, éditions
Bartillat, 1997. |
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En
dépit de ses prises de positions
politiques très “droitistes”
que je ne partage pas et
de son dernier ouvrage qui
semble vouloir disculper
la France de toute implication
dans le génocide rwandais
par réflexe patriotique
plus que par réflexion,
Bernard Lugan est l’un des
meilleurs connaisseurs du
Rwanda, particulièrement
de son histoire ancienne.
Ce volume constitue une
référence en la matière
qu’on aurait tort de négliger.
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“Cette
Afrique qui était allemande”,
Bernard Lugan, éditions
Jean-Picollec, 1990.
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Tout
en reprenant l’avertissement
précédent quant à l’auteur
et ses positions politiques,
je conseille la lecture
de ce passionnant document
historique, fourmillant
de détails et photos inédits
sur l’histoire méconnue
de la présence germanique
sur le continent noir. Outre
le Rwanda et le Burundi,
Lugan évoque aussi le Cameroun,
le Togo, l’Afrique orientale,
colonies perdues par l’Allemagne
après sa défaite lors de
la Première Guerre mondiale.
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“Les
derniers rois mages, chez
les Tutsis du Ruanda :
chronique d’un royaume oublié”,
Paul del Perugia, Phébus
poche, 2004. |
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Très
inspiré par la monarchie
rwandaise qui suscite en
lui des digressions poétiques
plus proches du délire mythologique
que de la réalité sociologique
et historique, Paul Del
Perugia, ancien haut fonctionnaire
des Affaires étrangères,
rapporta de ses deux années
en poste à Kigali cette
ode à la société rwandaise
traditionnelle. Il a le
mérite de s’être intéressé
de près au code ésotérique,
à la société de la vache
et aux trois ethnies qui
composent le pays, Hutus,
Tutsis et Twas, décrivant
l’ensemble avec un lyrisme
kitsch. Mais l’admiration
sans borne qu’il porte au
système monarchique, décrit
comme un Etat idéal, doit
être prise avec circonspection.
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“Le
Rwanda sous le mandat belge
(1916-1931)”,
Jean Rumiya, L’Harmattan,
1992 |
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Vulgarisation
d’une thèse de troisième
cycle dirigée par Jean-Pierre
Chrétien, le spécialiste
français de l’Afrique des
Grands Lacs, cet ouvrage
retrace de manière didactique
et claire cette période
charnière de l’histoire
du royaume durant laquelle
l’Eglise catholique fit
main basse sur la civilisation
rwandaise et son Etat avec
l’appui des autorités belges,
heureuses d’agrandir leur
déjà vaste Congo d’une parcelle
supplémentaire. Quelques
photos ne manqueront pas
d’intéresser les amateurs
d’exotisme colonial, soulignant
le contraste entre les immenses
hommes de la cour du mwami
aux coiffures en cornes
de vaches posant aux côtés
des Blancs qui paraissent
écrasés sous leurs casques
de liège… |
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“Carnets
de route au cœur de l’Afrique”,
des sources du Nil au Congo,
par Jan Czekanowski, les
Editions Noir sur Blanc,
2001. |
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Vingt-cinq
askaris, neuf Allemands
et un Polonais chargés d’encombrantes
caisses de matériel parcourent
6300km au cœur de l’Afrique
entre 1907 et 1908. Les
Occidentaux de l’époque
n’avaient peur de rien,
surtout pas de l’inconnu
!
C’est l’un des participants,
Jan Czekanowski, anthropologue
et ethnographe, qui prend
la plume pour raconter avec
humanité et humour cette
périlleuse expédition géographique
du duc de Mecklenburg. Un
journal de bord remarquable
à plusieurs titres : pour
l’étonnement et la difficulté
qui président à la rencontre
de l’Autre en général, mais
le côté picaresque aussi
de cette gigantesque balade
dans une Afrique disparue.
Et puis, sensible à tout
ce qui touche à l’exil,
je conseille cette intéressante
collection des éditions
Noir sur Blanc, créée par
une des Polonais d’origine
russe et autrichienne (lire
l’émouvant “Journaux cachés”
de Maria, Daria et Olga
Razumovsky, chronique de
la Seconde Guerre mondiale
par trois sœurs d’Europe
centrale confrontées au
nazisme et au communisme).
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“Rwanda,
le génocide”,
Gérard Prunier, éditions
Dagorno, 1999
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Excellent
et exhaustif récit des événements
par un spécialiste de la
région des Grands Lacs,
chercheur au CNRS. Témoin
direct aussi puisque ses
travaux en Ouganda amenèrent
Gérard Prunier à fréquenter
les Tutsis rwandais réfugiés
là-bas, ceux qui deviendront
les fondateurs du Front
Patriotique Rwandais. C’est
ce mouvement qui stoppa
le génocide et est encore
à la tête du pays. Prunier
fut également consultant
pour le ministère des Affaires
étrangères français et donc
proche de la cellule africaine
de l’Elysée alors dirigée
par Jean-Christophe Mitterrand
: au cœur des ténèbres !
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“L’inavouable”,
Patrick de Saint-Exupéry,
éditions des Arènes, 2004
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- Ce pamphlet-témoignage sur
l’implication de la France dans
la tragédie rwandaise, par un
journaliste qui a couvert le
génocide et ses suites d’une
manière remarquablement impartiale
pour le “Figaro”, est captivant
bien que parfois trop peu explicite.
Probablement à cause du caractère
“brûlant” du sujet qui empêche
l’auteur de révéler toutes ses
sources et de dire tout ce qu’il
sait. A plusieurs reprises,
Patrick de Saint-Exupéry interpelle
directement Dominique de Villepin
dont on attend toujours la réponse…
   |
“Rwanda,
le réel et les récits”,
Catherine Coquio, Belin,
2004. |
Présidente de l’Association
internationale de recherche
sur les crimes contre l’humanité
et les génocides, l’auteur,
également professeur de littérature
comparée, est l’un des premiers
chercheurs à avoir compris qu’il
s’est réellement passé un génocide
au Rwanda et pas seulement des
“massacres”. Catherine Coquio
tente d’en discerner les tenants
et aboutissants. Pour ce faire,
elle fouille la langue nationale,
le kinyarwanda, explore la culture
rwandaise et ses contradictions
puis les témoignages et récits
de tous les participants et
témoins : rescapés, intellectuels
et journalistes, décryptant
les interprétations de chacun.
Une lecture indispensable à
toute réflexion autour du génocide
rwandais.
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“Rwanda,
généalogie d’un génocide”,
Dominique Franche,
Les Petits Libres des Mille
et Une Nuits, 1997.
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“Un
génocide sur la conscience”,
Michel Sitbon,
L’Esprit Frappeur, 1998
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“Rwanda,
un génocide français”,
Mehdi Ba, L’Esprit frappeur,
1999 |
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“Le
Monde, un contre-pouvoir
?
Désinformation et manipulation
sur le génocide rwandais”,
Jean-Paul Gouteux, L’Esprit
frappeur, 1999 |
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Michel
Sitbon est mon éditeur mais
n’allez pas croire cette
liste flagorneuse. Il est
un des rares éditeurs à
s’être vraiment penché sur
le problème du génocide
rwandais et le rôle tenu
par la France dans cette
tragédie organisée.
Comme moi, il assista, en
1998, à la mission d’information
de l’Assemblée nationale
présidée par Paul Quilès
(où j’eus l’impression que
la plupart des intervenants
dissimulaient plus de faits
qu’ils n’en révélaient et
cherchaient à diluer les
responsabilités des uns
et des autres lors d’événements
“africains” qu’ils décrivaient
comme leur étant étrangers,
pour ne pas dire obscurs
et barbares...) et chercha
des auteurs susceptibles
d’enquêter et d’écrire sur
le sujet. Il les a trouvés
avec Jean-Paul Gouteux et
Mehdi Ba et n’hésita pas
à prendre lui-même la plume.
L’ouvrage de Dominique Franche
retrace en quelques pages
concises et claires, les
causes et le déroulement
des faits. |
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“Le
défi de l’ethnisme, Rwanda-Burundi,
1990-1996”,
Jean-Pierre Chrétien, Karthala,
1997. |
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Deux
références pour les férus
d’histoire que ces ouvrages
de Jean-Pierre Chrétien,
l’universitaire jusque-là
incontesté de la région
des Grands Lacs même si
sa prédilection le porte
surtout vers le Burundi
où il a plusieurs fois séjourné.
Le chercheur y entreprend
l’histoire des royaumes
anciens, Ouganda inclus
puisque ce pays est comparé
au Rwanda et au Burundi
pour sa population de pasteurs
et de cultivateurs, les
fameux “hamites” et “bantous”
stigmatisés par les colonisateurs
allemands puis belges.
C’est aussi en Ouganda que
les Tutsis se réfugièrent
en masse dès les premiers
massacres, formant une vaste
diaspora qui s’armera pour
rentrer dans son pays natal,
où elle arrêtera le génocide.
La géographie, les mythes
royaux et pastoraux avec
leurs rituels et leurs structures
sociales, le contrôle des
espaces par la conquête
puis la gestion des territoires
à travers l’économie traditionnelle
féodale, y sont détaillés
brillamment. Le second volume
explique comment les sociétés
rwandaises et burundaises
se sont “ethnicisées” jusqu’à,
pour le Rwanda, l’absurde
horreur, l’irréparable.
Après les Arméniens dans
la Turquie du début du XXème
siècle puis les Juifs dans
l’Allemagne nazie, l’Afrique
a été gangrénée par le racisme
jusqu’au crime d’Etat. |
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“Le
Pays aux mille collines,
ma vie au Ruanda”, de Rosamond
Halsey Carr, éditions Payot,
2005. |
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Bien
qu’elle se décrive comme
“une petite fermière du
Ruanda”, cette Américaine,
venue s’installer au Kivu
dans les années 50 où elle
exploita des champs de pyrèthre
et de fleurs, semble avoir
vécu loin de toute réalité
locale, influencée exclusivement
par les prises de position
de ses domestiques hutus
qu’elle s’afflige – tout
de même ! – de voir transformés
en “démons” au moment du
génocide. Son portrait,
par exemple, de Juvénal
Habyarimana : un homme “cultivé”,
qu’elle eut la chance (sic
!) de connaître personnellement
ainsi que sa famille ; –
“(…) d’une grande intégrité
et qui avait de nombreux
projets pour son pays.”
Rosamond Halsey Carr poursuit
sa description “idyllique”
de l’Etat d’Habyarimana
des années 70/80 : “(…)
l’enseignement pour tous
fut instauré. Les collèges,
lycées, universités se remplirent
de jeunes avides d’apprendre.”
La narratrice semble ignorer
les quotas qui limitaient
l’entrée des Tutsis dans
le supérieur. Ils sont pourtant
cités quelques pages plus
loin, à travers une allusion
au scandaleux système des
cartes d’identité à mention
ethnique, instauré par les
Belges en 1933 puis habilement
utilisé par Kayibanda et
Habyarimana qui se gardèrent
bien de le supprimer afin
de mieux stigmatiser les
Tutsis. Madame Halsey Carr
crée le doute sur le sens
de ces pratiques : “A la
fin des années 80 (sic !)
(…) les citoyens furent
contraints de détenir des
cartes d’identité mentionnant
leur ethnie. On prétendit
que les systèmes de quotas
visaient à restreindre l’accès
des Tutsis au monde des
affaires et du système éducatif.”
Ignorance ou bêtise d’une
femme qui semble ne s’être
jamais véritablement intéressée
aux événements politiques
du pays auquel elle dit
être si attachée.
Sa version de l’histoire
récente du Rwanda reprend
la sémantique des génocideurs
: madame Halsey Carr baptise
“armée d’invasion” les troupes
du FPR qu’elle accuse de
vouloir “restaurer la suprématie
tutsie” et confie “partager
l’indignation des Ruandais
envers ces rebelles tutsis
venus d’Ouganda qui avaient
dévasté leur pays pacifique
(sic ! l’auteur a pourtant
assisté à des “chasses aux
Tutsis” jusque dans sa propriété
dès les années 60).
Pire encore : “Le monde
entier parut fasciné par
ces grands et beaux officiers
anglophones interviewés
depuis Kampala tandis que
les pauvres Ruandais assiégés
faisaient l’objet de critique
pour ne pas avoir offert
leur pays sur un plateau
d’argent.” Enfin, même en
août 1994, lorsqu’elle revient
au Rwanda après s’être réfugiée
aux Etats-Unis pendant le
génocide, la plupart de
ses domestiques hutus ayant
pris la fuite, elle en conclut,
par un étrange raccourci
: “la grande majorité de
ceux qui fuyaient ainsi
n’avaient commis aucune
atrocité. (…) Il y avait
parmi eux tous mes voisins,
mes ouvriers et leur famille.”
Voilà comment parfois on
écrit l’Histoire. La dame
s’est peut-être racheté
une conscience en créant,
aidée par la Croix-Rouge,
un orphelinat.
L’ouvrage est tout de même
intéressant pour son amusante
description de l’Afrique
des Blancs des années 50
: un Rwanda parcourus d’éléphants
et de toute une faune disparue,
où l’on sortait l’argenterie
pour les thés sous la véranda
et où l’on se déplaçait
parfois en chaise à porteurs.
Imaginer Goma, au Congo,
sillonnée de rues aux villas
élégantes, épiceries fines
et magasins affichant le
chic parisien, me semble
un rêve holliwoodien. L’auteur
trace aussi un portrait
mitigé de Diane Fossey,
grande protectrice des gorilles
contre les bergers tutsis,
leurs “envahissantes” vaches
et contre les braconniers.
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“Rwanda,
les médias du génocide”,
par Jean-Pierre Chrétien,
Marcel Kabanda, Jean-François
Dupâquier et Joseph Ngarambe,
Khartala, 1995. |
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C’est
l’indispensable bible des
chercheurs sur le génocide.
Le livre analyse méthodiquement
comment, entre 1990 et 1994,
le gouvernement d’Habyarimana
a ouvertement permis à des
médias extrémistes hutus
d’encourager l’hostilité
contre les Tutsis et les
Hutus démocrates, préparant
et justifiant leur élimination
en masse. Du journal “Kangura”
à la “Radio des milles collines”,
la dissection d’un édifiant
parcours de la haine. |
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“SurVivantes”,
par Esther Mujawayo et Souâd
Belhaddad,
éditions de l’Aube, 2004.
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C’est
dans un style brut, puisqu’il
s’agit d’une interview retranscrite,
qui a le mérite d’être clair,
qu’Esther Mujawayo raconte
sans pathos mais avec toute
la crudité qu’elle reconnaît
elle-même difficilement
“écoutable” (“Souvent les
gens me disent : « Arrête,
arrête, c’est trop »… trop
à entendre déjà, mais à
vivre alors, comment cela
a-t-il été possible ?”)
sa destinée de “Tutsie de
l’intérieur”. Née au Rwanda
en 1958, elle a subi de
plein fouet, comme sa famille
et celle de son fiancé,
les discriminations anti-Tutsis
: impossibilité de suivre
des études, impossibilité
d’avoir un travail intéressant,
“flicage” quotidien, aggravé
du fait d’un séjour de formation
en Belgique. Puis en 1994,
pour échapper à la tuerie,
Esther est forcée de se
cacher avec son mari Innocent
et leurs trois filles dans
un établissement religieux
où, paradoxalement, l’on
refusera une de ses sœurs,
sans motif précis. Sélectionné
avec les hommes, Innocent
est sauvagement assassiné
tandis qu’Esther parvient,
après un séjour à l’Hôtel
des Mille Collines (où elle
est confrontée au père Wenceslas
Munyeshyaka, le personnage
qui a inspiré mon roman
et qu’elle décrit comme
un partisan des génocideurs)
à rejoindre une zone tenue
par le FPR. Sauvée, elle
séjourne un court temps
en Ouganda avant de rentrer
exercer son travail de psychothérapeute
ô combien utile dans notre
pays ravagé. Elle dit avec
justesse le désarroi des
rescapés, des veuves particulièrement
dont beaucoup sont séropositives
après avoir été violées.
Ces victimes n’intéressent
plus grand monde : ni les
ONG, plus préoccupées par
d’autres urgences ou parfois
même par le sort de génocideurs
emprisonnés, ni le TPIR
pourtant officiellement
au service de leur cause
mais dans les faits souvent
maladroit et peu concerné
par leur quotidien, ni le
gouvernement rwandais qui
les a sauvés de la mort
mais semble peiner à organiser
leur survie, obsédé par
son projet de développement
économique, qu’évidemment
les rescapés ne peuvent
suivre. Un témoignage
fort et indispensable. |
N’étant pas grand amateur ni
surtout grand spécialiste de
BD, je cite ici trois albums
qui m’ont touché puisqu’ils
abordent le sujet qui me hante
: le Rwanda.
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“Rwanda
1994, descente en enfer”,
par Cécile Masioni, Pat
Grenier et Raphl, Albin
Michel, 2005. |
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Le dessin
de Masioni ne me séduit
pas vraiment et je trouve
le scénario un peu confus,
on a du mal à suivre tous
les personnages. Toutefois,
l’ouvrage a le mérite d’aborder
de front le problème si
souvent occulté du rôle
pour le moins étrange de
l’armée française dans le
génocide rwandais. Et le
récapitulatif historique
de la fin est clair. |
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“Pawa,
chronique des monts de la
Lune”,
par Jean-Philippe Stassen,
Delcourt, 2002. |
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Réservé
aux aficionados uniquement
(car il faut bien connaître
le Rwanda et surtout le
Burundi ainsi que les caractéristiques
de ses habitants pour saisir
toute la saveur du propos),
ce petit pamphlet en images
qui commence par “Au cœur
de l’Afrique” (drame ethno-psychologique)
joue sur l’humour pour tenter
de tracer une “carte postale
ethnographique” de la région.
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“Les
Enfants”,
par Jean-Philippe Stassen,
Dupuis, 2004. |
L’action se déroule dans une
ville d’Afrique imaginaire qui
fait fortement penser à Bujumbura.
On y suit les pérégrinations
sans but d’une bande de gamins
perdus, dans une cité fantôme
peuplée d’habitants désenchantés
et de Blancs des ONG déphasés.
Tout le monde attend le retour
de possibles attaquants, tapis
dans la forêt alentour. Une
forme de “Désert des tartares”
des Grands Lacs avec des enfants
pour héros. Sobre, sombre comme
les gros traits noirs qui dessinent
les personnages, l’album traduit
bien le malaise que son auteur,
un Belge, a ressenti dans la
région des Grands Lacs et l’angoisse
qu’il semble éprouver pour l’avenir
de cette partie du monde.
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“L’histoire
de Belgique au fil de la
BD, de 1830 à nos jours”,
de Pierre Stephany, éditions
Versant Sud, Louvain-la-Neuve,
Belgique, 2005. |
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Rwandais, Burundais et
Congolais gardent un œil
sur leur ancien colonisateur.
Beaucoup d’entre eux -
dont moi - lisent “le
Soir” et j’avais été surpris
d’apprendre, lors de la
naissance du dernier-né
de la famille royale,
l’arrivée à Laeken de
nombreux cadeaux en provenance
d’Afrique Centrale !
Je ne dérogerai donc pas
à la tradition avec ce
livre illustré de nombreuses
planches et dessins, qui
retrace l’histoire du
royaume à travers la BD.
Si l’on en croit le préfacier,
la Belgique a développé
un langage propre; l’image,
pour exister face à ses
voisins envahissants,
depuis les frères Van
Eyck et leur peinture
à huile jusqu’à la célèbre
école de la ligne claire.
Léopold II croqué par
Bob de Moor ou Tintin
flanqué d’un père Blanc
comme on en voit encore
aujourd’hui à Kigali –
excepté le casque de liège
devenu probablement trop
kitsch – donne envie de
se replonger dans cette
propagande coloniale d’alors,
terriblement méprisante
sous son aspect bon enfant.
On songe à “Tintin au
Congo” et au contenu de
ses bulles marquées par
le racisme ordinaire et
généralisé de l’époque
: les inénarrables dialogues
en “petit nègre” de la
tribu des Babaoro’m contre
celle des M’Hatouvou,
ou la silhouette pathétique
de Coco, le factotum peureux
mais toujours fidèle de
“missié Tintin”. Cet original
manuel d’histoire recèle
aussi quelques belles
images d’architecture
comme celles de Schuiten
et Peeters dans leur “Hommage
à Victor Horta.”
www.versant-sud.com
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“Insoumise”,
Ayaan Hirsi Ali, Robert
Laffont, 2005 |
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Je reste toujours étonné
de lire les commentaires
mitigés de la presse française
sur la “rage de cette Salman
Rushdie néerlandaise” –
députée libérale d’origine
somalienne - à combattre
l’islam intégriste.
Porte-parole de l’intégration
dans son pays d’adoption,
la jeune femme a courageusement
choisi, puisque c’est au
péril de sa vie menacée
par les fous d’Allah, de
“gratter là où ça fait mal”.
D’où son indignation sur
les prises de position étonnamment
feutrées de certains Occidentaux
concernant les conceptions
barbares et primitives des
fondamentalistes sur de
nombreux sujets de société,
principalement : la place
des femmes et l’homosexualité.
L’auteur émeut par son ambiguïté
toute humaine comme son
amour pour son père qui
lui a paradoxalement “ouvert
l’esprit” avant de la renier
pour son athéisme et son
refus d’épouser le candidat
officiel de la famille,
un cousin du Canada.
Elle s’acharne avec brio
à démontrer que l’islam
développé aujourd’hui est
“fortement dominé par une
morale sexuelle emprunté
aux valeurs des tribus arabes
de l’époque où le Prophète
Allah a recueilli Son message”
et poursuit par une clairvoyante
analyse de cette religion
où l’on apprend à “soumettre
notre vie sur terre à la
volonté et aux lois de Dieu
pour gagner le Paradis.
Les valeurs collectives
– honneur, soumission -
comptent beaucoup plus que
l’autonomie de l’individu.
La religion n’est pas là
pour permettre à celui-ci
de donner du sens, c’est
lui qui doit se sacrifier
à elle en se sacrifiant
à Dieu.” Comment, moi qui
suis originaire d’un pays
où la religion, chrétienne
cette fois, grande et perverse
alliée de la colonisation,
a tant œuvré dans le mauvais
sens, poussant des groupes
de populations aliénées
à faire les pires horreurs,
la plupart du temps au nom
de Dieu, ne pas me sentir
touché par ce pamphlet et
le combat de cette Somalienne
parvenue, à force de réflexion
et de persévérance, au recul
sur soi et sa propre civilisation
?
Ayaan Hirsi Ali est une
combattante de l’obscurantisme
au sens large du terme,
élargissant son propos,
à la fin de l’ouvrage, par
le constat que les religions
juives et chrétiennes comportent
aussi leur part de morale
sexuelle et sociale attardée,
forcée (le combat là aussi
fut long et jamais définitivement
gagné) à rester “apprivoisée
et circonscrite dans la
conscience individuelle
du fidèle.
Aujourd’hui, il a pour nom
« amour » ou « quelque chose
» et ses adeptes ont aboli
l’Enfer. La communauté des
croyants, juifs et chrétiens
a perdu son emprise sur
l’individu.”
J’aimerais qu’il en soit
ainsi sur la planète entière
et redoute de voir le tiers-monde
gangrené par le fléau de
l’intolérance. Mais à quoi
se raccrocher quand on a
plus rien à perdre ? Je
parie pourtant sur la réflexion
et le partage de la culture,
solidaire de la lutte menée
par Ayaan Hirsi Ali. |
   |
“Inquiétude”,
par Joseph Conrad, Folio,
2005. |
 |
Si vous ne connaissez pas
mon auteur favori, commencez
par ce recueil de cinq nouvelles,
petit joyau “d’entomologie
humaine”. Conrad y explore,
comme à l’accoutumée, l’âme
de ses personnages de manière
poignante et incisive mais
sur un ton toujours drôle.
Il y a “le Retour”, cette
tragique vision du couple
comme seul arrangement social,
dépourvu de tout sentiment.
De ce récit, Patrice Chéreau
a fait le superbe “Gabriel”,
qui, j’espère, sortira bientôt
en DVD. Terrible est aussi
l’histoire de ces deux Blancs
laissés à eux-mêmes dans
un lointain comptoir africain
et qui découvrent que :
“Peu de gens comprennent
que leur vie, l’essence
même de leur caractère,
leurs capacités et leurs
audaces ne sont que l’expression
de leur foi en la sécurité
de leur milieu.” Belle méditation
pour les pays européens
qui s’interrogent sur l’intégration
des “populations allogènes”… |
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“Harraga”,
par Boualem Sansal, Gallimard,
2005. |
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“(…) j’ai tout compris de
l’économie arabo-islamique
: au boulot comme au foyer,
les hommes causent, les
femmes bossent et il n’y
a de repos dominical pour
personne (…) ; “(…) la peste
verte n’a pas de frontière,
un jour, on brûlera des
filles en Californie et
ce ne sera pas le Ku Klux
Klan (…)”Il ne mâche pas
ses mots, Boualem Sansal,
sur le machisme à couverture
religieuse et la déliquescence
de la société, en décrivant
la vie quotidienne des Algérois,
et particulièrement des
Algéroises, vus à travers
le regard de Lamia, médecin,
célibataire et sans plus
guère de famille qu’un frère
disparu pour chercher fortune
en France. Entre pauvreté
et islamisme, la population
paraît végéter et s’auto-espionner
constamment au grand profit
de dirigeants irresponsables.
Outre le ton du récit, allègre
et joyeusement troussé,
qui donne la sensation de
respirer au milieu de cette
description d’un chaos sans
recours, l’espoir viendra
de Chérifa, une “greluche
égarée”, irresponsable,
dragueuse et enceinte, venue
échouer dans la maison de
Rampe Vallée où survit Lamia.
M’a séduit aussi le partage
de cette vision du tiers-monde
avec Sansal ; elle me remplit
de tristesse mais je ne
désespère pas que l’Afrique
en sorte un jour : “(…)
un certain tiers-monde qui
se mord la queue, c’est
ça, de l’inachevé, du moribond,
des choses en cours d’oubli,
des restrictions en chaîne,
des folies récurrentes.
Sur cette voie, le temps
se réduit à rien, l’espace
se rétracte et la vie est
une abdication qui va de
soi. Heureusement que le
grand malheur porte en lui
son antidote, le fatalisme,
qui offre bien des raisons
de mourir dans l’ombre,
sans regret, sans réclamer
justice.” |
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